
Le randonneur distrait pourrait fort bien ne pas remarquer le poteau 43 et pourtant il est le commencement.

Quelques pas plus loin un poteau double, toujours avec une étiquette de plastique bleu. La numérotation est malheureusement absente mais en toute logique les numéros 44 et 45 auraient dû être attribués… Là se révèle la grande énigme du marquage : sur poteau planté ou sur poteau couché ?

Le poteau suivant s’orne d’un 45, très près de l’étiquette d’ailleurs, qui semble accréditer la thèse du marquage sur pied ! Le randonneur poursuit sa promenade au comble de l’excitation cabalistique…

Diantre, le poteau suivant et nu ! Quel événement formidable a pu arrêter la main résolue du grand marqueur ?

Une étiquette jaune jaillit tel un camouflet sur le poteau suivant. Une rupture technologique semble chambouler l’ordre établi. On remarque le coup porté à la base de cette admirable pièce qui semble indiquer l’apparition d’un événement soudain et violent. Ce poteau aurait-il remplacé le 47 originel ?

Le randonneur s’enfonce dans l’incrédulité. Le désespoir le gagne… le grand marqueur l’aurait-il délaissé ? Ce message en est-il vraiment un ? La noirceur du doute dans les branches de mimosa.

A quoi bon chercher … ce chemin est à présent vide de sens.

50 ! Oui, je comprends, IL nous met à l’épreuve. Ne jamais, non, ne jamais désespérer ! L’ascension s’annonce spirituelle.

Le 51 est discret et désaltère l’esprit comme un pastis frais.

Là encore une trace de violence qui démontre les conditions toujours plus difficiles dans lesquelles les poteaux doivent assurer leur rôle ingrat.

Ce spécimen au conformisme affligeant et à la droite rigueur ne parvient pas à faire naître ce sentiment de compassion qui a pu étreindre l’âme du fervent voyageur face à la fissure du n°53.

Le poteau 54 porte dans sa chair les stigmates de la torture : la fine étiquette bleue supporte encore l’entrave rugueuse et rouillée.

Le marquage est absent mais le poteau n’en est pas moins remarquable du fait de la densité des nœuds qui parsèment sa solide surface. Noter la délicate inclinaison du système de fissures qui transcende la banalité du support sylvestre.

Le 57 trône à l’orée d’une forêt de résineux résolument résignés.

A la vue de ce pylône comment ne pas songer aux Anciens qui pensaient la terre soutenue par de fantastiques animaux.

60 : comment avez-vous pu tenir jusque-là ?

Peut-être un peu tôt pour qui s’adonne à la passion des poteaux !

Un bout de plastique impuissant à juguler la propagation d’une formidable fissure.

Parmi stères et brumes.

Au-delà du fil téléphonique n’est ce pas le Ciel tout entier qui est maintenu ?

La deuxième étiquette jaune du trajet semble indiquer la fin de la marche.

Ce spécimen a très certainement échappé à un incendie : l’étiquette est intacte.

Mimétisme entre la roche et le bois à la faveur de la lumière déclinante.

Le poteau final, l’étiquette de plastique bleu est sur la marque : la suprématie de la technologie ?






















